Je n'ai pas créé Binatna par théorie.
Je l'ai créée par nécessité.
J'ai appris très tôt ce que voulait dire perdre.
À 18 ans, j'ai perdu mon père.
Un arrachement brutal, un vide immense, une enfance qui se termine trop vite.
À 19 ans, j'ai perdu ma meilleure amie.
Celle à qui on confie ses secrets, ses rêves, celle qui connaît nos silences mieux que nos mots.
Deux deuils, presque coup sur coup.
Et déjà, cette sensation étrange : continuer à avancer pendant que le monde intérieur s'effondre.
Puis la vie m'a offert l'amour…
et me l'a repris.
À 28 ans, j'ai perdu l'amour de ma vie.
Il était aussi mon meilleur ami depuis mes 14 ans.
Nous avons grandi ensemble.
Et nous avons partagé les trois plus belles années de ma vie — des années vraies, pleines, lumineuses.
Sa perte a laissé un silence que rien ne remplace.
À travers ces deuils, je n'ai pas trouvé le soutien dont j'aurais eu besoin.
Pas d'espace pour parler librement.
Pas de lieu pour déposer la douleur sans être pressée d'aller mieux.
J'ai compris alors ce que vivent tant de femmes :
être forte par défaut, parce qu'il le faut.
Comme si cela ne suffisait pas, j'ai aussi traversé un divorce avec un pervers narcissique.
Une relation qui abîme lentement, qui fait douter de soi, qui éteint la lumière intérieure.
Un combat silencieux, souvent incompris.
Et puis il y a eu ce choix, peut-être le plus difficile :
tout quitter pour recommencer.
Quitter un cadre, des repères, une vie qui ne me ressemblait plus.
Partir sans garantie, mais avec une certitude :
je ne voulais plus survivre, je voulais vivre.
Binatna est née de tout cela.
De ces pertes.
De ces silences.
De ce manque de soutien que je n'ai pas eu…
et que je refuse de laisser à d'autres femmes.
J'ai créé Binatna pour offrir ce que j'aurais aimé trouver :
un espace sûr, humain, entre nous.
Un lieu où la douleur peut être déposée sans honte.
Un lieu où chaque histoire a une morale.
Un lieu où les femmes en difficulté peuvent retrouver leur lumière.
Je crois profondément que la résilience existe.
Que même brisée, une femme peut se relever.
Et qu'une femme qui se relève peut, un jour, éclairer le chemin d'une autre.
Binatna, c'est cela.
Nos filles.
Nos femmes.
Entre nous.